Interview with « Afrique Magazine »

Paris (France)

Interview d’Afrique Magazine, Paris, 10  Juillet 1989

Afrique Magazine: les Indiens l’appellent « La Formidable Mère » et la voient comme une sainte. Très jeune, elle écrivait les prières du Mahatma Gandhi. Elle vit à Londres depuis 1975 où son mari est secrétaire général de l’ONU Maritime. Elle a fondé des centres de yoga en Inde et dans plusieurs pays d’Europe: Angleterre, Suisse, France, Italie. Shri Mataji Devi est ce que nous appelons habituellement un gourou, ce qui est un statut plutôt rare pour une femme. Les gens, dit-elle, seraient principalement plus équilibrés et auraient une vie meilleure s’ils pouvaient se connecter au principe suprême en chacun de nous. Comment pouvons-nous atteindre cette connexion spontanée avec le divin, cette Réalisation du Soi? Grâce à sa méthode bien sûr! Une sorte de méditation, régulière mais facile et accessible à tous, et qui est censée purifier les énergies du corps et apaiser les activités mentales: la paix venant du cœur s’installerait de cette façon car le divin a toujours été avec nous.

Est-ce une affirmation audacieuse et une méthode simpliste? Ou la force d’une foi qui ne peut que porter ses fruits? En tout cas, les disciples de Sahaja Yoga semblent être de plus en plus nombreux; il y en aurait des dizaines de milliers rien qu’en Europe. En juillet 1989, Shri Mataji a donné deux conférences à Paris devant plusieurs centaines de personnes. Mais elle nous a confié en privé.

Afrique Magazine: Pensez-vous que vous êtes née avec un don spirituel?

Shri Mataji: Je suis née dans une riche famille protestante. J’ai reçu une éducation religieuse et cosmopolite. Ma mère était mathématicienne et mon père parlait 14 langues. Il a traduit le Coran en hindi. Ils ont tous les deux découvert très tôt ma vocation. Le Mahatma Gandhi l’a également compris quand j’avais 7 ans.

Afrique Magazine: Connaissiez-vous très bien le Mahatma Gandhi?

Shri Mataji: Oui, c’était un homme très gentil. C’était un ami de la famille. Quand je l’ai rencontré pour la première fois, il a ressenti mes capacités spirituelles et s’est attaché à moi. Nous avions des discussions religieuses régulièrement. Quand j’étais au lycée, je me suis impliquée dans la lutte non-violente contre la présence britannique en Inde. Mes parents et moi avons été emprisonnés et torturés. Gandhi a déclaré: « Quand nous serons libres, tu pourras commencer ».

Afrique Magazine: Pour commencer quoi?

Shri Mataji: Mon enseignement spirituel. J’ai donné ma première conférence à Bombay en 1969.

Afrique Magazine: Mais l’indépendance s’est produite en 1947?

Shri Mataji: Je me suis mariée cette année-là. Ensuite, je me suis occupée de ma famille. J’ai attendu que mes enfants soient plus âgés pour commencer la vie publique.

Afrique Magazine: Quel est votre enseignement?

Shri Mataji: J’enseigne le Sahaja Yoga, le yoga du XXIe siècle. La pratique, qui est très simple, vous connecte au divin. Vous vous asseyez confortablement dans un endroit paisible, les paumes des mains vers le haut. Vous pouvez vous concentrer sur n’importe quel objet (sur une bougie ou sur ma photo qui transmet mon énergie comme si j’étais à côté de vous). Gardez votre attention au-dessus de votre tête. La sensation d’une brise fraîche sur la paume de vos mains et sur le dessus de votre tête est le signe de votre Réalisation du Soi. Cette connexion avec le divin doit être fermement établie. On peut le ressentir une fois puis cela peut disparaître. Pour cela, il faut une pratique régulière.

Afrique Magazine: Vous considérez-vous comme un gourou?

Shri Mataji: Si vous voulez. Je n’ai aucun concept sur moi. L’humanité traverse une étape décisive de son évolution. Nous sommes au début d’une nouvelle ère et il y a de nombreux faux gourous et des forces négatives. Le gourou ne doit avoir qu’un seul intérêt: vous faire rencontrer le divin. Toutes les sectes sont des pièges dangereux pour la psyché.

Afrique Magazine: Vos conférences sont gratuites.

Shri Mataji: La Réalisation du Soi est un droit inhérent à chacun, tout comme le fait de respirer; nous ne pouvons pas payer pour ça.

Afrique Magazine: Que pensez-vous des religions établies?

Shri Mataji: Elles sont comme des fleurs que les hommes ont coupées et qui ont fané maintenant. Les mollahs et les prêtres ne veulent parler que du Jugement dernier et de l’Apocalypse. Mais Bouddha et Jésus-Christ se tiennent là dans la porte étroite (elle montre son front). Ils sont la compassion et le pardon. Si vous pardonnez, vous serez surpris de voir à quel point vous vivez au présent. Dans mes conférences, j’utilise le Notre Père ainsi que les concepts de l’hindouisme ou du Coran.

Afrique Magazine: Vous avez créé des centres dans de nombreuses régions du monde. L’Italie vient de vous élire personnalité de l’année. Vous venez de rentrer d’Amérique du Sud… Et l’Afrique?

Shri Mataji: Nous avons des contacts là-bas. Mais il y a beaucoup de faux gourous introduits principalement par des Indiens. Ils pratiquent la magie noire. J’espère y aller l’année prochaine.

Interview de Catherine Brousse pour « Afrique Magazine »
[Attention, détails à vérifier sur cet interview]